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jeudi 15 octobre 2026

Les tests de croissance devraient prendre en compte la variabilité des souches de Listeria monocytogenes, selon une étude

Un article, à paraitre dans Journal of Food Protection, caractérise la variabilité de la croissance de plusieurs souches de Listeria monocytogenes dans du saumon fumé.

Faits saillants

  • La croissance de neuf souches de L. monocytogenes sur du saumon fumé a varié de manière significative.
  • Les outils prédictifs ont sous-estimé la croissance de certaines souches à 4,1 °C.
  • Aucune association claire n'a été observée entre les vitesses de croissance et l'origine des souches ou leur tolérance au sel ou au froid.

Résumé

Listeria monocytogenes pose un risque important pour la sécurité des aliments prêts à consommer tels que le saumon fumé, un produit propice à la prolifération bactérienne lors de la conservation au réfrigérateur et associé à plusieurs épidémies de listériose. Les fabricants ont recours à des tests de croissance ou challenge tests et à la microbiologie prévisionnelle (MP) pour garantir la sécurité sanitaire des produits ; la variabilité entre les souches constitue un paramètre important pour ces deux approches. Dans cette étude, nous avons réalisé une analyse détaillée de la variabilité de la croissance selon les souches lors de tests de croissance et comparé les résultats aux prédictions d'outils de MP courants. Des données détaillées sur la croissance ont été obtenues en utilisant neuf souches distinctes de L. monocytogenes sur un saumon fumé du commerce conservé à température de réfrigération (4,1 °C), à une température de rupture de la chaîne du froid (9,6 °C) et à température ambiante (19,8 °C). Les souches ont été sélectionnées en fonction de différences de lignée, d'origine et de tolérance au froid ou au sel en milieu de culture ; elles incluaient des souches recommandées dans le document d'orientation technique du Laboratoire de référence de l'Union européenne pour L. monocytogenes (EURL-Lm). Les vitesses de croissance ont été comparées aux prédictions d'outils de MP bien établis (ComBase, Food Spoilage and Safety Predictor, Pathogen Modeling Program) ainsi qu'à celles d'un modèle secondaire spécifique au saumon fumé. Les vitesses de croissance de toutes les souches étaient inférieures aux prédictions des modèles tertiaires à 9,6 °C et 19,8 °C, mais certaines souches présentaient des vitesses de croissance estimées supérieures aux prédictions à 4,1 °C. Une analyse de classification a également montré l'absence de corrélation significative entre les vitesses de croissance et l'origine des souches ou leur tolérance au sel ou au froid, bien que les souches de la lignée II aient été clairement associées à des vitesses de croissance plus élevées à 4,1 °C et 19,8 °C. Globalement, cette étude présente des données détaillées sur le test de croissance spécifique à chaque souche de L. monocytogenes génétiquement diversifiée sur un produit de saumon fumé et souligne l'importance de prendre en compte la variabilité des souches lors de la conception des tests de croissance ou challenge tests et de l'interprétation des résultats de la microbiologie prédictive.

Objectifs de l’étude

1) quantifier la variabilité de la cinétique de croissance de neuf souches de L. monocytogenes lors d'essais de croissance (challenge tests) réalisés sur un produit commercial de saumon fumé prêt à consommer,
2) comparer les résultats aux prédictions issues d'outils de microbiologie prédictive largement utilisés et,
3) déterminer si des caractéristiques de souche définies au préalable, telles que la lignée, l'origine de l'isolat et les phénotypes de tolérance au pH, au froid et au sel en conditions de laboratoire, étaient corrélées au comportement de croissance observé lors des essais.

Extrait de la discussion

Les résultats de cette étude doivent être interprétés dans le contexte d'un test de croissance ou challenge test. L'utilisation de saumon fumé inoculé a permis une évaluation contrôlée de la variabilité de la croissance selon la souche, dans des conditions définies. Toutefois, cette approche pourrait ne pas refléter entièrement le comportement des populations de L. monocytogenes naturellement présentes dans les produits commerciaux de saumon fumé, pour lesquels les niveaux de contamination, la composition des souches et les interactions avec la flore microbienne indigène peuvent différer. Le nombre limité de souches testées ainsi que l'utilisation d'un seul produit ou lot commercial doivent également être pris en compte lors de la généralisation de ces résultats. De futures études, utilisant des produits de saumon fumé naturellement contaminés, une gamme de souches plus étendue et plusieurs produits ou lots commerciaux, permettraient d'approfondir la compréhension du comportement de L. monocytogenes dans des conditions de conservation réelles.

Conclusion

Dans les conditions des tests de croissance ou challenge tests, la croissance de L. monocytogenes sur saumon fumé, à température ambiante et réfrigérée, est influencée par de multiples interactions entre souches, contribuant à la variabilité des taux de croissance. Cette étude a généré des données de croissance détaillées et spécifiques à chaque souche pour neuf souches génétiquement et phénotypiquement diverses, dans les mêmes conditions que le challenge-test. À 4,1 °C, plusieurs souches ont dépassé les prédictions de ComBase, Food Spoilage and Safety Predictor, Pathogen Modeling Program, tandis qu'en conditions de mauvaise conservation et à température ambiante, les taux de croissance déterminés expérimentalement étaient significativement plus faibles que les prédictions des modèles. De plus, aucune association claire n'a été observée entre l'origine de la souche ou ses caractéristiques de tolérance au froid et au sel en milieu de culture et ses performances lors des tests de provocation dans cet ensemble de données. Globalement, ces résultats soulignent l'importance de prendre en compte la variabilité des souches et les effets de la matrice alimentaire lors de l'interprétation des résultats de la microbiologie prédictive et de la conception des études de challenge tests.

mercredi 14 octobre 2026

Une étude auprès des fabricants d'aliments à faible humidité révèle des opportunités pour renforcer les pratiques de nettoyage-désinfection à sec

« Une étude auprès des fabricants d'aliments à faible humidité révèle des opportunités pour renforcer les pratiques de nettoyage-désinfection à sec », source Food Safety Magazine.

Ce qu'il faut retenir

- Une étude menée auprès de 40 professionnels du secteur des aliments à faible humidité a mis en évidence des lacunes dans les pratiques de nettoyage-désinfection, la gestion de l'humidité et les analyses microbiologiques.
- Le nettoyage à sec était plus courant que le nettoyage par voie humide, bien que 22 % des répondants aient déclaré pratiquer un nettoyage par inondation au moins une fois par mois.
- Les définitions des ‘pauses de nettoyage-désinfection’ variaient d'un répondant à l'autre, beaucoup s'écartant des recommandations de la FDA pour les programmes de nettoyage-désinfection des entreprises ayant des aliments à faible humidité.
- Près de la moitié des répondants étaient incertains quant aux niveaux maximaux d'humidité relative dans les zones de transformation à sec, et plus de 20 % ont signalé des incidents récurrents d'humidité incontrôlée.
- Salmonella était le pathogène le plus souvent ciblé lors de la surveillance environnementale et des analyses de produits finis, les fréquences d’essais variant selon la taille de l'installation.

Une nouvelle étude a identifié des lacunes dans les pratiques de nettoyage-désinfection et de gestion de l'humidité des fabricants d'aliments à faible humidité, notamment des définitions incohérentes des pauses de nettoyage-désinfection, une incertitude quant au contrôle de l'humidité relative et des incidents récurrents d'introduction accidentelle d'eau dans les environnements de transformation à sec.

L'étude a été supervisée par Abigail Snyder, experte en nettoyage-désinfection à sec et professeur au département des sciences des aliments à l'université Cornell, qui rédige des articles techniques sur le nettoyage-désinfection en milieu sec pour Food Safety Magazine.

Cette étude, dont une version préliminaire est destinée à être publiée dans Journal of Food Protection, a interrogé 40 professionnels de la sécurité et de la qualité des aliments expérimentés dans la production daliments à faible humidité afin de caractériser les pratiques du secteur en matière de nettoyage-désinfection, de séparation des lots, de gestion de l'humidité, de surveillance environnementale et d'analyses microbiologiques des produits finis. Les répondants représentaient des fabricants de produits de boulangerie, d'en-cas prêts à consommer, des épices et des céréales, de la poudre de lait, des confiseries et d'autres aliments à faible humidité.

Les aliments à faible humidité, définis comme des aliments dont l'activité de l'eau (aw) est égale ou inférieure à 0,85, ne favorisent pas la prolifération de pathogènes d'origine alimentaire dans des conditions sèches normales. Toutefois, des agents pathogènes tels que Salmonella peuvent persister dans les aliments à faible humidité et dans leurs environnements de transformation pendant de longues périodes ; l'humidité introduite lors du nettoyage ou par des infiltrations d'eau incontrôlées peut créer des conditions propices à la prolifération et à la propagation de ces pathogènes.

Un cinquième des répondants a recours au nettoyage par inondation une fois par mois

Les répondants à l'étude ont généralement fait état de pratiques visant à limiter l'apport d'humidité lors du nettoyage. Les méthodes de nettoyage à sec étaient plus fréquentes que celles par voie humide : 95 % des répondants ont déclaré effectuer des opérations d'essuyage, de brossage ou de grattage au moins une fois par semaine, et 84 % ont indiqué passer l'aspirateur avec la même fréquence.

Par ailleurs, 68 % des répondants ont déclaré ne jamais utiliser le nettoyage par inondation (application massive d'eau sur les équipements et dans l'environnement immédiat), bien que 22 % aient indiqué y recourir au moins une fois par mois. La réduction de l'accumulation de résidus sur les équipements était le facteur déterminant le plus courant pour la fréquence du nettoyage à sec (74 %), tandis que la maîtrise des agents pathogènes était le facteur principal influençant la fréquence du nettoyage par voie humide (82 %).

Malgré les motifs invoqués par les répondants pour justifier le nettoyage par voie humide, la Dr Snyder et son co-auteur Mirdamadi ont expliqué, dans un article publié en février 2026 dans Food Safety Magazine, que le nettoyage à l'eau dans des environnements secs accroît souvent les risques. Ils ont également exposé comment les producteurs de aliments à faible humidité peuvent concilier les impératifs motivant le choix du nettoyage par voie humide et les risques inhérents à cette méthode.

« Les programmes de nettoyage de l'environnement ne permettent pas d'obtenir un milieu stérile, exempt de tout micro-organisme viable. Au contraire, certaines cellules microbiennes subsistent après un nettoyage, qu'il soit effectué par voie humide ou à sec. Par conséquent, l'introduction d'eau dans l'environnement favorise la prolifération de ces microbes résiduels », précise l'article.

Incohérences dans la définition des interruptions pour nettoyage par rapport aux recommandations de la FDA

Les chercheurs ont également relevé des incohérences dans la manière dont les fabricants définissaient les interruptions pour nettoyage, lesquelles servent à séparer les lots de production et à limiter l'ampleur potentielle des contaminations et des rappels de produits.

Près de la moitié des répondants (47 %) définissaient ces interruptions en fonction de la méthode de nettoyage utilisée, tandis que 23 % fondaient leur définition sur les changements de produit, 15 % sur l'étendue du nettoyage et 5 % sur les résultats des analyses effectuées après le nettoyage. Les 10 % restants n'ont pas fourni de définition. Les chercheurs ont noté que bon nombre de ces définitions différaient du projet de lignes directrices de la FDA de janvier 2025 concernant les programmes de nettoyage-désinfection pour les aliments à faible humidité, lequel définissait les interruptions pour nettoyage-désinfection comme une opération de nettoyage suivie d'un traitement désinfectant des surfaces en contact avec les aliments.

Incertitude liée à l'humidité relative et épisodes d'humidité incontrôlée

Malgré le recours généralisé à des méthodes de séchage actif après un nettoyage-désinfection par voie humide, une incertitude quant à la maîtrise de l'humidité relative a été fréquemment observée chez les répondants.

Plus précisément, 32,5 % d'entre eux n'étaient pas certains de l'humidité relative cible leur établissement dans les zones de transformation à sec, tandis que 22,5 % ont indiqué des cibles variables. Près de la moitié (47,5 %) ne connaissaient pas le taux d'humidité relative maximal atteint lors des opérations normales.

Parmi les répondants effectuant un nettoyage par voie humide, 81,1 % ont déclaré recourir ensuite à au moins une mesure de séchage actif, telle que l'essuyage des surfaces avec des chiffons, l'utilisation de ventilateurs, l'augmentation du flux d'air ou l'application d'air comprimé.

Un autre article de Food Safety Magazine, rédigé par la Dr Snyder et son co-auteur Karl Thorson, explique que, malgré l'influence majeure de l'humidité relative sur la capacité d'un établissement à maintenir un environnement suffisamment sec, ce paramètre est souvent négligé en tant que mesure critique de maîtrise de l'environnement.

« Une humidité relative élevée accroît les risques de condensation, ralentit le séchage, favorise la prolifération microbienne au fil du temps et complique la manipulation des poudres », rapporte l'article. « Une gestion efficace de l'humidité, via les systèmes de ventilation, la maîtrise des flux d'air, la déshumidification et l'équilibrage des pressions, doit être considérée comme une barrière critique pour la sécurité des aliments dans les installations traitant des produits secs. »

Des épisodes d'humidité incontrôlée ont également été signalés. Plus de 20 % des répondants ont indiqué que de la condensation, des fuites d'équipement ou des flaques d'eau se produisaient au moins une fois par mois dans les zones de production sèches.

Les chercheurs ont souligné l'importance de la surveillance de l'humidité relative et de la maintenance préventive pour maîtriser les risques microbiens liés à l'humidité. Ils ont également noté que certaines pratiques de séchage, notamment avec l'air comprimé et les chiffons réutilisables, pouvaient engendrer des risques de contamination croisée si elles n'étaient pas correctement gérées.

Variations dans la surveillance environnementale

L'étude a également caractérisé les pratiques de surveillance environnementale et d'analyse des produits finis pour la recherche d'agents pathogènes et d'indicateurs d'hygiène.

Salmonella était l'agent pathogène le plus fréquemment ciblé, tant dans la surveillance environnementale que dans les analyses des produits finis, tandis que Listeria spp. était également fréquemment surveillée. La recherche de Cronobacter spp. était moins courante et se concentrait chez les fabricants de lait en poudre.

La surveillance environnementale pour la recherche d'agents pathogènes et d'indicateurs d'hygiène était effectuée chaque semaine par la plupart des participants à l'étude, bien que la fréquence des analyses ait varié selon le micro-organisme et la taille de l'installation.

100 % des petits fabricants, 92 % des fabricants de taille moyenne et 96 % des grands fabricants ont déclaré effectuer des analyses de recherche de Salmonella sur les produits finis. Les essais hebdomadaires étaient plus fréquents chez les fabricants de taille moyenne et grande, tandis que les petits fabricants déclaraient le plus souvent effectuer des essais mensuels.

Conclusions et limites de l'étude

Dans l'ensemble, les chercheurs ont conclu que les fabricants de aliments à faible humidité interrogés déclaraient généralement des pratiques de nettoyage-désinfection visant à minimiser l'introduction d'eau, mais qu'il subsistait des possibilités d'améliorer la gestion de l'humidité relative, d'uniformiser la compréhension des pauses de nettoyage-désinfection et de mieux caractériser la relation entre la gestion de l'humidité et les risques de contamination microbienne.

Les auteurs ont souligné que la taille relativement réduite et le caractère non aléatoire de l'échantillon, ainsi que le recours aux déclarations des participants, limitaient la généralisation des résultats. Ces résultats visaient à fournir une caractérisation exploratoire des pratiques déclarées plutôt que des estimations à l'échelle de l'industrie ou des preuves de l'efficacité d'interventions individuelles.

lundi 12 octobre 2026

Plaidoyer pour une formation informelle à la sécurité des aliments

« Combler l’écart entre le savoir et l’action : formation informelle et résultats en matière de sécurité des aliments », source article d’Angela M. Fraser paru dans Food Safety Magazine.

La formation à la sécurité des aliments est largement encouragée comme stratégie clé pour réduire le risque de maladies infectieuses d’origine alimentaire. Les gouvernements, les organisations professionnelles et les établissements d’enseignement ont investi des ressources considérables dans l’élaboration et la prestation de programmes de formation. Pourtant, malgré sa large diffusion, une question importante subsiste : dans quelle mesure la formation à la sécurité des aliments est-elle efficace pour améliorer les pratiques de manipulation sûre et, en fin de compte, pour réduire le risque de maladies infectieuses d’origine alimentaire ?

De nombreuses études font état d’un effet positif. Toutefois, l’examen des méthodologies de bon nombre de ces études révèle des limites importantes, notamment l’absence ou la faiblesse des groupes témoins, le recours à de petits échantillons de convenance et d’autres contraintes liées à la collecte de données. En l’absence d’un corpus substantiel de données probantes de haute qualité, il reste difficile de tirer des conclusions définitives quant à l’efficacité de la formation. Pourquoi, dès lors, continuons-nous à promouvoir la formation comme stratégie clé ? Peut-être est-elle efficace, mais pas de la manière dont nous le pensons. Ce qui fait souvent défaut dans l’évaluation des résultats de la formation, c’est la prise en compte de la formation informelle ; celle-ci est rarement documentée et encore moins souvent mesurée lors de l’évaluation de l’efficacité.

Combler l’écart entre les connaissances et la pratique

Lorsque l’on évoque la formation à la sécurité des aliments, on pense généralement à la formation formelle, comme l’enseignement en salle de classe, les cours en ligne et les modules synchrones ou asynchrones. Ces méthodes sont importantes pour acquérir des connaissances fondamentales sur les dangers, la réglementation et les meilleures pratiques en matière de sécurité des aliments. Toutefois, les connaissances fondamentales ne conduisent pas toujours à un changement de comportement. Les apprenants adultes tirent généralement davantage profit d’un apprentissage expérientiel et pratique, ainsi que de la compréhension du ‘pourquoi’ des pratiques en sécurité des aliments. Lorsque la formation est dispensée hors du milieu de travail, des détails pratiques importants et des nuances contextuelles peuvent être négligés. Par conséquent, les employés peuvent passer à côté des conseils concrets et des enseignements liés aux situations réelles qui façonnent les pratiques quotidiennes de sécurité des aliments au sein d’un établissement.

Nous soutenons que la formation informelle complète la formation formelle en jouant un rôle crucial dans la transposition des connaissances en pratiques quotidiennes. La formation informelle s’opère par le biais d’interactions sur le lieu de travail, de l’observation, de l’encadrement, du retour d’information, du mentorat et du rappel constant des attentes lors des opérations courantes. Ensemble, ces activités d'apprentissage informel contribuent à instaurer une culture solide de sécurité des aliments, où les pratiques sûres deviennent une habitude et s'intègrent aux normes de l'organisation, ce qui finit par améliorer la performance en matière de sécurité des aliments.

Avantages de la formation informelle en cours d'emploi

L'un des principaux avantages de la formation informelle est qu'elle se déroule en temps réel, dans l'environnement de travail où les connaissances sont réellement mises en pratique. Les employés apprennent tout en accomplissant leurs tâches, ce qui leur permet de mettre immédiatement en application ce qu'ils ont appris. Par exemple, un superviseur observant la préparation de sandwichs peut fournir un retour d'information immédiat sur l'utilisation des gants ou les procédures de lavage des mains. Ce type d'accompagnement aide les employés à associer des concepts abstraits de sécurité des aliments à des comportements concrets sur le lieu de travail. Lorsque l'apprentissage s'inscrit dans le contexte réel du travail, les employés sont plus susceptibles de comprendre à la fois l'importance d'une procédure et la manière de l'exécuter correctement.

La formation informelle favorise également l'apprentissage continu, plutôt que de reposer uniquement sur des sessions de formation formelles. Bien que les établissements alimentaires dispensent généralement une formation formelle lors de l'intégration et des séances de rappel périodiques, les employés peuvent oublier certaines procédures avec le temps, prendre des raccourcis ou adopter des pratiques dangereuses observées chez leurs collègues. La formation informelle permet de combler ces lacunes grâce à des rappels constants, au renforcement des acquis et à des retours correctifs. Les réunions d'équipe quotidiennes, les observations de la direction, les échanges entre collègues et les occasions d'accompagnement régulier renforcent les attentes et maintiennent l'attention portée à la sécurité des aliments.

Par ailleurs, la formation informelle permet de répondre aux défis propres à chaque site. Les programmes de formation formelle proposent généralement un contenu standardisé destiné à s'appliquer à un large éventail d'opérations, tandis que la formation informelle est adaptée aux risques, aux équipements, aux flux de travail et aux produits spécifiques d'un établissement donné. Le responsable d'un rayon traiteur peut ainsi conseiller les employés sur le nettoyage adéquat d'une trancheuse, tandis que le superviseur du rayon fruits et légumes peut rappeler les procédures visant à prévenir la contamination croisée lors de la préparation de produits frais découpés. Cet enseignement contextualisé accroît la pertinence de la formation et aide les employés à identifier les dangers dans le cadre de leur travail quotidien.

La formation informelle présente plusieurs avantages. Elle permet de dispenser un enseignement adapté au lieu de travail et au poste occupé, souvent sous forme de séances individuelles, ce qui peut s'avérer plus efficace que l'apprentissage en groupe. Cela permet également aux employés de poser des questions en temps réel sans crainte d'être gênés, transformant ainsi directement les échanges en actions concrètes, les comportements évoluent. Ces interactions favorisent une compréhension plus approfondie et une application pratique des connaissances en matière de sécurité des aliments.

Apprentissage par les pairs, accompagnement et retour d'information en temps réel

L'apprentissage entre pairs constitue un autre volet précieux de la formation informelle. Les nouveaux employés apprennent souvent en observant leurs collègues expérimentés. Lorsque des employés bien formés démontrent les bonnes techniques et expliquent la logique sous-jacente aux procédures, ils contribuent à transmettre des connaissances tacites qui ne sont pas toujours entièrement saisies dans les supports de formation formelle. Toutefois, si des comportements à risque sont reproduits, ils peuvent rapidement se propager au sein de l'organisation. C'est pourquoi les organisations doivent veiller à ce que l'apprentissage informel renforce, plutôt qu'il ne compromette, la formation formelle et les attentes en matière de sécurité sanitaire des aliments.

L'accompagnement (ou coaching) et le retour d'information sont des formes particulièrement efficaces de formation informelle, car ils offrent des opportunités immédiates d'amélioration. Les sciences du comportement indiquent que le retour d'information est plus efficace lorsqu'il est opportun, précis et axé sur des comportements observables que les employés peuvent facilement modifier. Plutôt que de faire des remarques générales telles que ‘soyez plus prudents’, un superviseur pourrait expliquer qu'il est nécessaire de se laver les mains après avoir manipulé de la viande crue et avant de toucher des aliments prêts à consommer. Cette précision aide les employés à comprendre exactement quel comportement doit changer et pourquoi cela est important.

La formation informelle peut également renforcer la confiance et les compétences des employés. Les salariés peuvent hésiter à poser des questions lors de séances de formation formelle, mais se sentent souvent plus à l'aise pour demander des éclaircissements au cours de leurs activités professionnelles quotidiennes. Ces échanges informels permettent aux employés d'aborder des situations inhabituelles, de lever les incertitudes et de développer un jugement pratique pour prendre des décisions garantissant la sécurité des aliments. Au fil du temps, cet apprentissage continu renforce le sentiment d'efficacité personnelle et améliore la performance au travail.

Renforcer la culture de la sécurité des aliments grâce à l'apprentissage continu

La formation informelle soutient une culture solide de la sécurité des aliments. Cette culture désigne l'ensemble des valeurs, des croyances et des comportements partagés qui déterminent la priorité accordée à la sécurité des aliments au sein d'une organisation. Les employés sont fortement influencés par les actions et les attentes de la direction, qui façonnent les normes sociales sur le lieu de travail. Lorsque les managers montrent l'exemple en adoptant systématiquement des pratiques sûres, fournissent un retour d'information constructif et valorisent le respect des règles, ils témoignent du fait que la sécurité des aliments est une priorité. Ces interactions quotidiennes ont souvent une influence plus marquée sur les comportements que la formation formelle prise isolément.

Enfin, l'impact de la formation informelle dépend largement de l'engagement de la direction. Les responsables jouent un rôle clé dans la création d'un environnement où les échanges sur la sécurité des aliments sont monnaie courante et où les retours correctifs sont perçus comme une opportunité d'apprentissage plutôt que comme une sanction. Lorsque la cadence de production prime sur la sécurité des aliments, les employés peuvent être dissuadés de respecter les procédures adéquates. À l'inverse, les dirigeants qui rappellent régulièrement les attentes et consacrent du temps à l'accompagnement et à l'observation contribuent à ancrer la sécurité des aliments dans les pratiques quotidiennes.

Intégration de la formation formelle et informelle à la sécurité des aliments

Malgré son importance, la formation informelle est souvent méconnue et insuffisamment documentée. La mise en place de systèmes permettant de consigner l'accompagnement et l'instruction en situation de travail aide à faire reconnaître la formation informelle comme un élément à part entière du système global de gestion de la sécurité sanitaire des aliments. Les programmes de formation efficaces doivent prendre en compte aussi bien les approches formelles qu'informelles. La formation formelle apporte les connaissances fondamentales nécessaires à la manipulation sûre des aliments, tandis que la formation informelle renforce, contextualise et pérennise ces connaissances. Les organisations qui s'appuient uniquement sur la formation formelle peuvent peiner à garantir une conformité constante, faute d'occasions suffisantes pour les employés de mettre en pratique et de consolider les concepts acquis. En intégrant le mentorat, l'accompagnement, l'observation, l'apprentissage entre pairs et les retours d'information réguliers à leurs activités quotidiennes, les établissements alimentaires peuvent créer un environnement d'apprentissage continu favorisant un changement de comportement durable.

En conclusion, les données disponibles indiquent que la formation formelle ne suffit pas, à elle seule, à générer des améliorations durables en matière de sécurité sanitaire des aliments. Si la formation formelle dispense des connaissances essentielles, la formation informelle aide à traduire ces connaissances en comportements professionnels constants. Grâce à l'accompagnement, à l'observation, aux retours d'information, au mentorat et à l'exemplarité, les employés bénéficient d'un renforcement continu qui consolide les pratiques de sécurité des aliments et favorise une culture positive en la matière. Les organisations qui reconnaissent le rôle complémentaire de la formation informelle sont mieux armées pour améliorer la conformité, réduire les risques sanitaires et, in fine, protéger la santé publique.

Commentaire

La formation classique à la sécurité des aliments en restauration commerciale et collective est une stratégie de prévention et de contrôle reconnue, mais on peut douter que les efforts de formation réduisent les maladies infectieuses d'origine alimentaire. La formation a un impact limité sur les changements d'attitudes et l'acquisition de connaissances, ainsi que des résultats contradictoires concernant le changement de comportement.

mercredi 7 octobre 2026

Une étude révèle les obstacles rencontrés par l'industrie au partage des données sur la sécurité des aliments ; la gouvernance est évoquée comme solution potentielle

« Une étude révèle les obstacles rencontrés par l'industrie au partage des données sur la sécurité des aliments ; la gouvernance est évoquée comme solution potentielle », source Food Safety Magazine.

Une étude a révélé que les dirigeants de l'industrie alimentaire reconnaissent les avantages potentiels de la mise en commun des données confidentielles sur la sécurité des aliments, notamment le renforcement des modèles prédictifs et l'identification plus précoce des risques émergents. Cependant, les préoccupations liées à la confiance, à la responsabilité, à la confidentialité et au désavantage concurrentiel continuent de freiner le partage de données. La gouvernance des données apparaît comme une solution susceptible de favoriser ce partage.

Publiée dans npj Science of Food, cette étude exploratoire a examiné le partage horizontal volontaire de données confidentielles sur la sécurité des aliments, défini comme le partage entre organisations opérant au même niveau de la chaîne de valeur alimentaire, y compris les concurrents. Les chercheurs ont mené des entretiens semi-directifs approfondis avec 27 dirigeants de l'industrie alimentaire américaine, représentant les secteurs des produits laitiers, de la viande, des fruits et légumes, de la transformation alimentaire et des services de laboratoire. Ces entretiens ont eu lieu de juin 2023 à janvier 2024.

Des ensembles de données plus importants pourraient améliorer la sécurité prédictive des aliments.

Les participants ont unanimement souligné que la mise en commun des données sur la sécurité des aliments permettrait de constituer des ensembles de données plus vastes et plus diversifiés, permettant ainsi aux entreprises d'identifier des tendances et des causes profondes qui pourraient ne pas apparaître clairement dans les données d'une entreprise individuelle. Ils ont également perçu le potentiel de ces ensembles de données plus importants pour faciliter la modélisation prédictive et l'identification plus précoce des risques liés à la sécurité des aliments.

Les petites entreprises pourraient particulièrement bénéficier de la mise en commun des connaissances, car elles peuvent manquer des ressources nécessaires pour mener de manière indépendante des recherches approfondies et des analyses de données, selon les personnes interrogées.

Les chercheurs ont noté que ces ensembles de données plus vastes et plus complets pourraient soutenir les applications d'intelligence artificielle et d'apprentissage automatique pour la sécurité des aliments, à condition que les données agrégées soient exactes, impartiales et représentatives de leurs applications prévues.

Toutefois, des obstacles techniques restent à surmonter. Les participants ont constaté des niveaux de numérisation inégaux au sein du secteur, certaines entreprises s'appuyant encore sur des documents papier, des tableurs ou d'autres systèmes qui complexifient le regroupement des données. L'absence de pratiques, de terminologie, de formats et de protocoles de collecte de données standardisés a également été identifiée comme un obstacle majeur.

Les problèmes de confiance et de responsabilité entravent le partage des données sur la sécurité des aliments

Les participants ont exprimé leurs craintes qu'une fois les informations hors de leur contrôle, elles puissent être mal interprétées, sorties de leur contexte, consultées par des tiers non autorisés ou utilisées contre l'entreprise. Leurs préoccupations spécifiques portaient notamment sur la responsabilité juridique, le contrôle réglementaire, l'atteinte à la réputation, la perte de clients et la possibilité que les concurrents utilisent les informations partagées pour obtenir un avantage concurrentiel.

Ces préoccupations ont créé ce que les chercheurs ont décrit comme un problème d'action collective : bien que le partage de données puisse engendrer des avantages plus larges en matière de sécurité des aliments et de santé publique, les entreprises individuelles supporteraient une grande partie des coûts et des risques liés à leur participation.

L'étude a également mis en évidence comment les différences entre les programmes de sécurité des aliments peuvent compliquer l'interprétation des résultats. Par exemple, une entreprise dotée d'un programme de surveillance environnementale rigoureux pourrait signaler davantage de cas positifs de pathogènes qu'une entreprise effectuant des tests moins approfondis. Sans contexte adéquat, ce nombre plus élevé de cas positifs pourrait être interprété à tort comme la preuve d'une moindre performance en matière de sécurité des aliments.

La gouvernance des données pourrait contribuer à instaurer la confiance

Les participants ont identifié la gouvernance des données comme un moyen potentiel de répondre aux préoccupations liées à la confiance. Parmi les approches suggérées figuraient des règles claires régissant la propriété, l'accès, la confidentialité, la conservation et l'utilisation des données, ainsi qu'une supervision par un tiers neutre.

Les établissements universitaires ont été spécifiquement proposés comme intermédiaires possibles car ils pourraient faciliter le partage de données tout en contribuant à protéger la confidentialité et à empêcher les concurrents d'accéder directement aux informations des entreprises ou d'en faire un usage abusif.

Les participants ont également souligné que les initiatives de partage de données devraient avoir des objectifs clairement définis plutôt que de se contenter de mettre en commun des informations sans problème spécifique de sécurité des aliments à traiter.

À partir de ces résultats, les chercheurs ont recommandé la mise en place d'un cadre de gouvernance pilote pour le partage horizontal et volontaire de données sur la sécurité des aliments, impliquant l'industrie, les agences chargées de la réglementation et les établissements universitaires. Ils ont également suggéré que des groupes d'entreprises plus petits et plus homogènes, tels que des entreprises ayant des implantations géographiques ou des profils de risque de produits similaires, pourraient constituer un point de départ plus réaliste qu'une approche à l'échelle de l'industrie.

Les entreprises évaluent les risques et les avantages

En conclusion, les chercheurs ont estimé que le partage limité des données horizontales en matière de sécurité des aliments ne reflétait pas simplement un manque de volonté des entreprises à collaborer. Celles-ci mettaient plutôt en balance les avantages collectifs en matière de sécurité des aliments et les risques individuels d'ordre juridique, réputationnel, concurrentiel et financier. La maîtrise de ces risques grâce à une gouvernance efficace des données pourrait donc s'avérer essentielle pour permettre une analyse collaborative des données plus large et exploiter pleinement le potentiel des applications de sécurité des aliments basées sur l'intelligence artificielle.

L'étude a été menée par des chercheurs de l'Université Cornell, de l'Université de Californie à Davis et de l'Université de Californie à Berkeley.

Commentaire

Je me rappelle qu’en créant en 1989 l’association ASEPT à Laval (Mayenne), des industriels avaient mis en avant le principe selon lequel la sécurité des aliments ne relève pas de la concurrence et que la protection de la santé publique et la maîtrise des risques microbiologiques priment sur les intérêts commerciaux et exigent la transparence des pratiques.

mardi 6 octobre 2026

Obtenir l'adhésion de la direction à la sécurité des aliments

« Obtenir l'adhésion de la direction à la sécurité des aliments », source article d'Andrew Thomson et de Matthew Wilson paru dans Food Safety Magazine.

À retenir

    La sécurité des aliments suscite l'intérêt de la direction lorsque les risques sont traduits en termes commerciaux : perturbations opérationnelles, coûts de rappel, exposition réglementaire et confiance des clients.

  • L'accord de principe ne garantit pas l'action ; des décisions claires, une répartition des responsabilités, des échéanciers et un suivi rigoureux sont nécessaires pour concrétiser l'engagement de la direction.

  • La formation seule ne suffit pas à développer les compétences ; les connaissances enjustify matière de sécurité des aliments doivent être consolidées par des systèmes, la pratique, la communication et les comportements de la direction. 
  • Intégrer la sécurité des aliments aux indicateurs clés de performance, aux évaluations et aux décisions d'investissement de la direction permet d'établir une responsabilité partagée à l'échelle de l'organisation.

La sécurité des aliments ne se définit pas par les discours des entreprises, mais par les décisions et les actions concrètes, en particulier dans les situations de forte pression. L'adhésion de la direction est souvent réduite aux programmes de formation, aux budgets ou à la conformité réglementaire. En réalité, l'enjeu est bien plus profond.

Trop souvent, la sécurité des aliments est encore perçue comme une simple exigence de conformité, un élément juxtaposé à l'activité plutôt qu'un facteur déterminant de son fonctionnement. Cette vision est étroite et limitée. La sécurité des aliments est au cœur du management des risques, avec des répercussions sur la performance opérationnelle, la confiance des clients et, surtout, la santé des consommateurs.

Les conséquences d'une défaillance en matière de sécurité des aliments sont considérables : arrêts de production, rappels de produits, atteinte à la réputation et perte de confiance des autorités réglementaires et des consommateurs. Une défaillance de la sécurité des aliments devient une défaillance de l'entreprise elle-même. Notre précédent article, « L'argument économique en faveur du développement des compétences en sécurité des aliments » (The Business Case for Building Food Safety Skills), met en lumière ce changement de perspective, en présentant la sécurité des aliments comme un levier de performance, de confiance et de croissance. Pourtant, l'évolution nécessaire pour intégrer la sécurité des aliments dans la prise de décision quotidienne reste un défi majeur pour tous les secteurs de l'industrie alimentaire.

Pour changer la donne, les échanges avec la haute direction doivent s'aligner sur les priorités de l'entreprise, tant actuelles que futures. La sécurité des aliments doit être appréhendée sous l'angle du risque, de la performance et de la responsabilité. Sans ce changement d'approche, elle reste un élément géré en marge de l'activité ; avec elle, elle devient partie intégrante du management même de l'entreprise.

Cet article s'appuie sur les éclairages de Ben Chapman (professeur à l'Université d'État de Caroline du Nord), d'Adam Wilkinson (responsable conformité RH/santé et sécurité au travail chez Fleurieu Milk Company), de Jovana Komlenic (responsable de la culture de la sécurité des aliments chez FRoSTA), de Kerstin Janson (responsable qualité chez FRoSTA), de Friederike Ahlers (relations publiques chez FRoSTA) et d'Alodia Bourke (directrice des opérations chez Diageo Australia) ; leur expérience collective couvre la stratégie, les comportements de leadership et l'évolution de la culture d'entreprise. Bien que chaque entreprise évolue dans un contexte différent, leurs approches sont complémentaires.

Si les exemples cités dans cet article proviennent de divers secteurs de l'industrie alimentaire, les défis sous-jacents ne sont pas spécifiques à un secteur donné. Qu'il s'agisse de production industrielle, de restauration, de distribution ou de production à petite échelle, une même tension persiste : celle de concilier impératifs de production, coûts et risques liés à la sécurité des aliments. Les principes abordés ici concernent la manière dont les décisions sont prises, et non simplement la conception de systèmes.

Cet article se concentre spécifiquement sur la prise de décision au niveau de la haute direction. Bien que les pratiques de terrain et les compétences des équipes soient cruciales, elles sont façonnées par les conditions instaurées par les dirigeants, à travers les priorités définies, l'allocation des ressources et les décisions prises. L'objectif n'est pas ici de revenir sur ce qui se passe en atelier, mais d'examiner comment les décisions de la direction déterminent si les exigences en matière de sécurité des aliments peuvent être appliquées de manière cohérente sur le terrain.

Du savoir à la prise de décision

À l'Université d'Adélaïde, où les auteurs dispensent des formations de troisième cycle dans ce domaine, une importance particulière est accordée à la préparation des futurs professionnels de la sécurité des aliments et de l'assurance qualité, afin qu'ils sachent faire le lien entre théorie et pratique. Les étudiants sont encouragés à présenter leurs idées de manière à susciter l'intérêt de la haute direction, en reliant les produits, la réglementation alimentaire, les normes et les systèmes aux enjeux commerciaux et aux décisions opérationnelles. Une question plus large se pose également pour l'industrie alimentaire : en faisons-nous assez pour préparer les professionnels du secteur à cette réalité ?

Les connaissances techniques demeurent une exigence fondamentale. Toutefois, la capacité à influencer les décisions, à communiquer sur les risques en termes économiques et à mobiliser la haute direction s'avère tout aussi cruciale. Ces compétences ne sont pas toujours développées explicitement dans le cadre de la formation initiale ou des forums professionnels. Par conséquent, de nombreux professionnels compétents maîtrisent la science et les normes, mais sont moins préparés aux échanges qui, en fin de compte, déterminent les résultats. Ce décalage est particulièrement manifeste dans la manière dont on obtient l'adhésion de la direction. Comme le souligne Ben Chapman, chercheur en sécurité des aliments : « Une véritable adhésion se traduit par les actes des dirigeants, et non par leurs paroles. »

C'est là que réside le changement : passer d'un engagement affiché à une action concrète et observable. Cela exige bien plus que des échanges ponctuels ; cela nécessite de la constance.

Cela signifie intégrer les obligations légales en alimentation et les exigences de certification dans les discussions avec la direction, en les reliant directement aux risques, à la performance et à la responsabilité.

Prise de décision sous pression

Lorsqu'un problème de sécurité des aliments survient, la réaction est immédiate. Les dirigeants exigent des réponses rapides. L'objectif est clair : identifier le problème, le résoudre et assurer la continuité de l'activité. La production se poursuit. Les clients doivent être approvisionnés.

Le problème est que l'urgence opérationnelle peut réduire le temps disponible pour caractériser pleinement le risque, notamment sa cause, son ampleur et ses conséquences potentielles. Dans ces conditions, les décisions peuvent être influencées par ce qui semble le plus urgent sur le moment, plutôt que par une compréhension complète du risque lié à la sécurité des aliments.

Comment le risque est compris et hiérarchisé

Pour les professionnels de la sécurité et de la qualité des aliments, ce schéma est familier. Même avec une forte volonté, la prise de décision n'est pas toujours stable sous pression. Comme l'explique Ben Chapman, il ne s'agit généralement pas d'une non-conformité délibérée : « Il est rare que quelqu'un décide de mal agir. Il s'agit plutôt de quelqu'un qui essaie de suivre le rythme. » Sous pression, le comportement est moins déterminé par les connaissances que par le contexte décisionnel, notamment les contraintes de temps, les priorités concurrentes et les indicateurs de réussite. Les dirigeants s'inquiètent, à juste titre, des temps d'arrêt, de la rapidité de résolution des problèmes et de leurs conséquences financières et logistiques potentielles. Ces préoccupations sont légitimes.

La sécurité des aliments est abordée. Les obligations légales sont examinées, les risques sont identifiés et l'importance de protéger le consommateur est reconnue. Ces échanges aboutissent souvent à un accord ; cependant, accord ne rime pas avec action, et bien souvent, la discussion s'arrête là. Aucune décision claire n'est prise. Aucune responsabilité n'est attribuée. Aucun délai n'est fixé. Le problème est reconnu, mais sans suite. Puis, d'autres priorités prennent le dessus. Les pressions sur la production persistent et l'attention se recentre sur la continuité des activités. Les principes convenus ne se traduisent pas en actions concrètes.

Au fil du temps, un schéma familier se dessine : les mêmes risques sont soulevés, les mêmes discussions se répètent et les mêmes lacunes persistent. Il ne s'agit pas d'un manque de volonté, mais plutôt d'une incapacité à transformer l'accord en actions par des décisions claires, une responsabilisation et un suivi rigoureux.

Entamer le dialogue avec la direction

Pour de nombreux professionnels de la sécurité et de la qualité des aliments et responsables opérationnels, le défi n'est pas de comprendre la sécurité des aliments, mais d'influencer la manière dont elle est priorisée. Entamer ce dialogue exige un changement d'approche. Mettre l'accent sur les normes, les résultats d'audit ou les détails techniques est rarement suffisant pour capter l'attention de la direction. Ces éléments restent importants, mais ils ne constituent pas toujours le cadre de référence pour les décisions.

Ce qui fait la différence, c'est la façon dont le message est présenté. Dans l'ensemble des entreprises alimentaires, les conversations efficaces tendent à se concentrer sur trois points : le risque, l'impact et l'action.

Risque. Non pas en termes abstraits, mais dans un langage clair et pratique :

  • Que pourrait-il se passer ?
  • Quelles seraient les conséquences pour l'entreprise ?
  • Quelle est la probabilité et la conséquence ?

Impact. Cela inclut :

  • Perturbation de la production
  • Coût de la défaillance (rappels de produits, rework, temps d'arrêt)
  • Confiance des clients et impact sur la marque.

Les dirigeants raisonnent déjà en ces termes. Aligner la sécurité des aliments sur ces priorités donne du sens à la conversation. Cela concorde avec les recherches de Ben Chapman, qui souligne que les dirigeants réagissent plus fortement lorsque les risques sont présentés en fonction de ce qu'ils gèrent : impact sur la marque, coûts de rappel, perturbations opérationnelles, exposition réglementaire et confiance des clients. Traduire la sécurité des aliments en ces termes la rend concrètement applicable.

Action. Que faut-il changer et quelles décisions s'imposent ? C'est là que de nombreuses conversations échouent. Soulever des problèmes sans définir les décisions nécessaires conduit souvent à un consensus sur la gravité potentielle, mais avec peu de suites concrètes. En pratique, l'action peut impliquer :

  • Intégrer les obligations réglementaires alimentaires aux discussions de la direction
  • Utiliser des exemples concrets, des incidents évités de justesse ou des données de tendances
  • Lier directement les lacunes en matière de compétences aux risques opérationnels
  • Identifier clairement les décisions actuelles susceptibles d'introduire des risques.

Il faut également persévérer. Une seule conversation est rarement suffisante ; ce qui est convenu en principe ne se traduit pas toujours en changements dans la pratique. L'adhésion se construit progressivement grâce à une communication cohérente, des preuves et un suivi rigoureux.

Même avec l'engagement des parties prenantes, la sécurité des aliments peut être reléguée au second plan par d'autres priorités et messages. Au fond, il ne s'agit pas de simplifier la sécurité des aliments, mais de la rendre accessible afin qu'elle puisse éclairer de meilleures décisions. En fin de compte, les résultats en matière de sécurité des aliments ne dépendent pas des procédures écrites, mais des actions et des décisions prises au quotidien.

Ce à quoi les dirigeants adhèrent réellement

Les dirigeants investissent dans la sécurité des aliments et la formation, mais pas dans la formation en elle-même. Ils investissent dans :

  • La confiance dans la compréhension et la maîtrise des risques
  • La cohérence des processus décisionnels au sein de l'entreprise
  • Le développement des compétences des employés
  • a protection du consommateur et de la marque.

C'est ce que représente l'adhésion du leadership.

Les travaux d'Alodia Bourke montrent comment mobiliser le leadership par le biais des risques et de la performance. FRoSTA démontre comment cette adhésion se pérennise grâce à la structure, la communication et les systèmes. Fleurieu Milk Company illustre concrètement comment les décisions prises par le leadership résistent aux pressions opérationnelles. Ensemble, ces exemples offrent un modèle pratique pour construire, renforcer et pérenniser l'adhésion de la direction. Ces contributeurs ont partagé leur expérience et fourni des conseils pratiques sur les bonnes et les mauvaises pratiques en matière de direction, de compétences et de prise de décision.

L'adhésion de la direction en pratique

À quoi ressemble concrètement l'adhésion de la direction ? Dans toute entreprise agroalimentaire, le changement est flagrant. Il se manifeste dans la manière dont les dirigeants se présentent, dans leurs priorités et dans les normes qu'ils promeuvent. Une fois impliqués, les dirigeants passent d'un soutien passif à une participation active. Au niveau opérationnel, cela comprend :
  • La participation directe aux formations en sécurité des aliments
  • L'intégration de la sécurité des aliments à l'ordre du jour permanent des discussions de la direction
  • La réalisation de visites de sites axées sur la sécurité des aliments
  • La formulation de questions plus proactives et basées sur l'analyse des risques
  • L'investissement dans le développement des compétences à tous les niveaux de l'entreprise, et pas seulement au sein du service Assurance Qualité et sécurité des aliments.

Tout aussi important, la communication évolue.

Chez FRoSTA, l'engagement en matière de sécurité des aliments est renforcé par une implication structurée et transversale. Les équipes dédiées à la culture de la sécurité des aliments réunissent les services Qualité, Production, Technique et Hygiène pour analyser les performances, discuter des difficultés rencontrées et impulser l'amélioration. Des canaux de communication ouverts, s'appuyant sur des outils tels que les logiciels de visioconférence et des interlocuteurs directs entre la production et l'assurance qualité, permettent des prises de décision plus rapides et une meilleure harmonisation au sein de l'entreprise. Cela crée une plus grande visibilité. La sécurité des aliments n'est plus cantonnée aux fonctions techniques ; elle devient partie intégrante du fonctionnement quotidien de l'entreprise. Cette visibilité s'accompagne d'une responsabilisation accrue. La sécurité des aliments est intégrée aux indicateurs clés de performance, aux discussions sur les performances et aux décisions d'investissement. Les attentes sont plus claires et la responsabilité est partagée. Chez Fleurieu Milk Company, cet engagement se traduit par un leadership constant, même en période de forte activité. Comme l'explique Adam Wilkinson : « Même en période de forte activité, la direction priorise la sécurité des aliments, sans compromis. » Ce n’est pas la perfection, mais une constance : les responsables doivent assurer le suivi, les processus doivent être appliqués et les problèmes doivent être traités avec rigueur plutôt que d'être ignorés.

Wilkinson explique : « La norme que nous tolérons est celle que nous sommes prêts à accepter. » Cet état d'esprit influence également l'engagement des employés en matière de sécurité des aliments. Lorsque les équipes comprennent le « pourquoi » des exigences en matière de sécurité des aliments, elles sont plus enclines à poser des questions, à signaler leurs préoccupations rapidement et à assumer leurs responsabilités. Les responsables peuvent encourager ce comportement par la reconnaissance, le retour d'information et un dialogue ouvert qui privilégie l'apprentissage et l'identification des causes profondes plutôt que la recherche de coupables. Il en résulte non seulement une meilleure conformité, mais aussi une prise de décision plus solide et plus cohérente en matière de sécurité des aliments à tous les niveaux de l'organisation.

Repenser la sécurité des aliments comme un enjeu commercial

Dans toutes les organisations, obtenir l'adhésion commence par une nouvelle approche de la sécurité des aliments. Pour Alodia Bourke, cela impliquait de recentrer le débat sur la sécurité des aliments, en mettant l'accent sur la conformité plutôt que sur la simple conformité : « J'ai redéfini la sécurité des aliments comme un facteur essentiel de la protection de la marque, de la confiance des clients et de la performance opérationnelle. »

Bourke a commencé par aligner la sécurité des aliments sur les préoccupations majeures de la direction : les coûts, les risques, la productivité, l'impact client et la réputation. Elle s'est appuyée sur des données opérationnelles, des conclusions d'audits et des incidents évités de justesse pour illustrer les conséquences d'un manque de renforcement des compétences. Ainsi, la formation n'est plus perçue comme un simple atout, mais comme un investissement crucial pour l'entreprise, une véritable adhésion aux bonnes pratiques, par exemple « passer de la parole aux actes ».

Une approche similaire est observée chez FRoSTA, où la sécurité des aliments est mise en avant à tous les niveaux : réunions de direction, forums d'usine et présence régulière sur le terrain. « L'objectif est d'expliquer en permanence son importance, en établissant un lien direct avec les risques pour l'entreprise, la confiance des clients et la stabilité opérationnelle », explique l'équipe FRoSTA. Dans certains cas, cela implique de rendre visible l'impact financier des défaillances, comme le coût des rappels de produits.

Les équipes apprennent à reconnaître les bonnes pratiques, comprennent les risques associés, les mettent en application et les renforcent au fil du temps grâce au partage régulier de données et d'indicateurs clés de performance. L'équipe FRoSTA a souligné : « Avec une communication ouverte et positive et l'implication de tous les niveaux de l'entreprise, la sécurité des aliments devient une responsabilité partagée. Cela crée les conditions nécessaires à des décisions plus rapides et mieux éclairées, notamment lorsque des changements en matière d'investissement ou d'exploitation sont requis. »

Chez Fleurieu Milk Company, il n'est pas nécessaire de « vendre » la sécurité des aliments à la direction ; elle fait partie intégrante du fonctionnement de l'entreprise depuis toujours. À mesure que l'organisation s'est développée, son approche s'est renforcée grâce à l'intégration de collaborateurs aux expériences et compétences variées. La formation continue, une communication régulière et des processus de reporting structurés en sont les clés. Cette constance maintient la sécurité des aliments au premier plan et garantit l'engagement de la direction, non pas parce que le sujet est imposé, mais parce qu'il est manifeste dans le fonctionnement quotidien de l'entreprise. Concrètement, la sécurité des aliments repose sur des actions constantes plutôt que sur des initiatives ponctuelles.

Le constat est identique chez les trois entreprises interrogées : la sécurité des aliments gagne du terrain lorsqu'elle est clairement liée à la performance de l'entreprise, et non lorsqu'elle est présentée comme une simple exigence de conformité.

Développer des compétences plutôt que se limiter à la formation

Les responsables de terrain et les professionnels de la sécurité et de la qualité doivent être en mesure de chiffrer à la fois le coût d'une défaillance et la valeur d'une maîtrise optimale des processus. Les rappels de produits, les arrêts de production, les réclamations clients et l'atteinte à l'image de marque représentent des coûts visibles. Moins visibles sont les avantages opérationnels potentiels liés à une performance élevée en matière de sécurité des aliments, tels qu'une efficacité accrue, une réduction du gaspillage et une plus grande régularité des opérations. Une fois traduite en termes économiques, la sécurité des aliments devient plus facile à prioriser.

Comme le souligne Ben Chapman, la formation se concentre souvent sur les connaissances, alors que la performance dépend des comportements. Ce décalage s'explique par le fait que la formation a lieu de manière isolée, tandis que les décisions s'inscrivent dans des systèmes façonnés par les contraintes de temps, la conception des processus et des priorités concurrentes. Sans cohérence entre la formation, la conception du système et le renforcement des acquis, la formation reste au stade de l'information sans se traduire en pratique.

Chez FRoSTA, le développement des compétences repose sur une approche simple mais structurée : « Démontrer, expliquer, imiter, pratiquer ». Concrètement, il s'agit d'abord de montrer ce qu'est une bonne pratique de sécurité des aliments et d'en expliquer le contexte et les risques, puis de permettre aux équipes de mettre ces principes en application et de les consolider en continu grâce à la répétition et au retour d'information. Cette méthode reflète un principe plus large : les compétences se développent par la mise en pratique et le renforcement, plutôt que par des sessions de formation ponctuelles.

Chez Fleurieu Milk Company, cette démarche commence dès le premier jour. Comme l'a expliqué l'équipe : « Chaque membre de l'équipe, quel que soit son rôle, entame son parcours en matière de sécurité des aliments dès son intégration. » Cela établit d'emblée une attente claire : la sécurité des aliments est une responsabilité partagée, et non une simple exigence de conformité. L'accent est mis non seulement sur les connaissances, mais aussi sur la compréhension claire des attentes et leur application systématique sur le terrain.

Repérer les signes annonciateurs de changement

Dans de nombreuses entreprises alimentaires, le besoin de renforcer la sécurité des aliments ne découle pas d'une défaillance isolée, mais plutôt de tendances récurrentes.

Comme l'a souligné Alodia Bourke, la sécurité des aliments était alors considérée comme relevant de la fonction technique plutôt que comme un domaine de responsabilité pour la direction. « Nous constations des non-conformités récurrentes lors des audits, des comportements incohérents et un engagement variable... l'appropriation du sujet par la direction n'était pas suffisante », a-t-elle expliqué.

Chez FRoSTA, une problématique différente mais connexe a émergé. L'équipe a dit : « Nous avons pris conscience que l'amélioration continue est essentielle, en particulier dans le contexte complexe des produits surgelés, où nous développons et fabriquons des plats préparés intégrant une grande variété d'ingrédients. » Des systèmes de sécurité des aliments étaient en place, mais leur logique sous-jacente n'était pas toujours pleinement comprise. Par conséquent, les enseignements tirés ne se traduisaient pas systématiquement par un changement de comportement.

« Nous avons identifié des opportunités pour renforcer la communication, la transparence et l'apprentissage à partir de petits écarts ou de quasi-incidents », a expliqué l'équipe de FRoSTA. « Notre objectif n'était pas de désigner des coupables, mais d'améliorer la manière dont nous abordons les défis, la clarté avec laquelle les attentes sont communiquées et la façon dont les leçons apprises sont partagées entre les équipes. »

Concilier des priorités concurrentes

La sécurité des aliments n'entre pas en concurrence avec la production ; elle définit plutôt les conditions dans lesquelles la production est acceptable. Sous la pression, cette clarté peut s'estomper.

Comme l'a observé Alodia Bourke : « Les contrôles de sécurité des aliments étaient parfois écourtés ou reportés pour atteindre les objectifs de production ; non pas par volonté délibérée, mais en raison de priorités concurrentes. »

C'est là que l'adhésion de la direction devient manifeste. Chez FRoSTA, le défi ne résidait pas dans l'absence de systèmes, mais dans la manière dont ils étaient compris et appliqués. Les discussions sur la sécurité des aliments restaient largement confinées aux services techniques, et la logique derrière les pratiques clés n'était pas toujours claire pour l'ensemble de l'entreprise. En conséquence, les procédures pouvaient sembler déconnectées des opérations quotidiennes et être appliquées de manière inégale.

En impliquant activement les dirigeants dans l'explication du « pourquoi » des décisions en matière de sécurité des aliments, la situation a commencé à évoluer. Les échanges sont devenus plus pratiques, l'engagement s'est accru et les équipes étaient mieux à même de relier les attentes aux réalités du travail. Il en a résulté une approche plus solide, plus cohérente et proactive.

Chez Fleurieu Milk Company, l'attente est plus claire : « Même en période de forte activité, la direction priorise la sécurité des aliments ... sans compromis.» Voilà à quoi ressemble une véritable adhésion.

Avec le temps, les conséquences de ces décisions deviennent évidentes. Comme l'a souligné Ben Chapman, si les entreprises alimentaires souhaitent prendre des décisions différentes sous pression, les incitations et les systèmes doivent être alignés afin que la sécurité des aliments devienne la norme et le choix le plus évident, et non l'exception.

Temps d'arrêt de production versus capacité

Lorsqu'un problème survient, le coût devient visible. La production s'arrête. Les produits sont mis de côté. Des enquêtes sont lancées. Pourtant, les organisations hésitent souvent à investir du temps dans les capacités nécessaires pour protéger la production, pour ensuite perdre beaucoup plus de temps en cas de défaillance. L'accent est souvent mis sur le coût de la formation et des temps d'arrêt. On accorde moins d'attention au coût de la défaillance elle-même : l'arrêt de la production, dans des conditions bien moins contrôlées et avec des conséquences beaucoup plus importantes.

De l'engagement à la responsabilité

L'engagement envers la sécurité des aliments est souvent facile à exprimer. Lorsqu'un incident de sécurité des aliments survient, la déclaration la plus courante d'un dirigeant est : « La sécurité des aliments et la sécurité des clients sont nos priorités absolues.» Les politiques en témoignent. Les dirigeants acquiescent et approuvent sans réserve.

La responsabilité, en revanche, est différente. Elle se manifeste dans les critères d'évaluation des dirigeants, les décisions remises en question et les pratiques acceptées. Au sein des organisations, une tendance se dessine : la sécurité des aliments est rarement ignorée, mais elle est parfois négligée, non pas délibérément, mais par le biais de décisions quotidiennes. Les objectifs de production peuvent primer lorsque les délais sont raccourcis, et les risques sont acceptés ou reportés. C'est là que la responsabilité devient visible. Elle ne se définit pas par l'intention, mais par l'action.

  • Au niveau organisationnel, la responsabilité est renforcée lorsque la sécurité des aliments est :
    Intégrée aux indicateurs clés de performance de la direction
  • Régulièrement examinée par la direction générale
  • Liée aux décisions d'investissement et opérationnelles
  • Considérée comme une condition non négociable de la production.

Sans ces structures, la sécurité des aliments demeure une priorité affichée, mais pas toujours une priorité déterminante. Comme l'a souligné Ben Chapman, « on prête attention à ce que les dirigeants inspectent, pas à ce qu'ils attendent ».

Lorsque la sécurité des aliments est systématiquement mesurée, évaluée et prise en compte par la direction, les attentes sont renforcées au sein de toute l'organisation. Dans le cas contraire, d'autres priorités peuvent prendre le pas. Ceci illustre un principe mis en avant par le spécialiste de la qualité Edwards Deming : « Un mauvais système l'emportera toujours sur une bonne personne. » Autrement dit, la plupart des échecs ne sont pas imputables aux individus, mais aux systèmes dans lesquels ils évoluent. Dans le secteur alimentaire, ces systèmes sont façonnés par les décisions de la direction concernant les priorités, les ressources, les attentes et la responsabilité.

La responsabilité en matière de sécurité des aliments ne repose donc pas uniquement sur le service qualité, sécurité des aliments ; elle incombe également aux dirigeants qui déterminent ce qui est prioritaire, reporté ou accepté. Sans l'adhésion de la direction, la sécurité des aliments peut dépendre des efforts individuels au lieu d'être intégrée au processus décisionnel de l'entreprise.

S'exprimer ne suffit pas.

Encourager les employés à s'exprimer est essentiel, mais insuffisant. Chez FRoSTA, l'accent est mis sur la compréhension des causes profondes plutôt que sur la recherche de coupables. Alodia Bourke a souligné l'importance de créer un environnement où chacun se sent en sécurité pour exprimer ses préoccupations. Cependant, la confiance ne s'instaure que par des actions concrètes.

Chez FRoSTA, les valeurs se traduisent par des comportements clairs et observables qui guident les décisions quotidiennes.

Les comportements illustrés précédemment tels que la communication ouverte, la responsabilisation et l'apprentissage des erreurs assurent la clarté à tous les niveaux de l'organisation. Leur contribution directe à la sécurité des aliments est particulièrement remarquable :
  • La communication permet de signaler les risques au plus tôt
  • La responsabilisation garantit la mise en œuvre des actions
  • L'apprentissage favorise l'amélioration continue
  • L'alignement assure la cohérence.

C'est ainsi que les valeurs dépassent le stade des déclarations et influencent les décisions.

La communication comme levier de la communication

Chez Fleurieu Milk Company, FRoSTA et Diageo Australia, un message commun se dégage : la sécurité des aliments ne se renforce pas uniquement par les systèmes ou la formation, mais par la communication qui les relie aux décisions et aux comportements quotidiens. Une communication efficace aligne les priorités, renforce les attentes et contribue à traduire les connaissances en actions cohérentes au sein de l'organisation.

Les dirigeants n'investissent pas dans la formation pour elle-même ; Ils investissent dans les résultats. L'adhésion de la direction se construit grâce à :

  • La compréhension des risques
  • Des actions cohérentes
  • Une responsabilisation visible
  • Une communication continue
  • Un lien clair et pratique entre la sécurité des aliments et les résultats de l'entreprise, facilitant ainsi la prise de décision.

Cependant, la communication doit être suivie d'actions. Si des préoccupations sont soulevées mais non prises en compte, ou si les priorités en matière de sécurité des aliments cèdent le pas à la pression opérationnelle, les employés constatent le décalage entre ce que disent les dirigeants et ce qu'ils font.

C'est là que la direction se manifeste le plus clairement. Lorsqu'une entreprise alimentaire est sous pression, des priorités concurrentes imposent de prendre des décisions ; or, ce sont ces décisions qui révèlent les véritables valeurs de l'organisation. Dans ces moments-là, la culture de la sécurité des aliments ne se définit pas par des politiques, des formations ou des engagements affichés. Elle se définit par les choix opérés par les dirigeants et par les comportements que ces choix renforcent.